Les années turbo

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f1 turbo

Elf lance l'étude d'un nouveau moteur

Turbocompresseur : un mot barbare pour désigner un dispositif fait d'une turbine dotée de deux roues. L'une qui, mise en rotation rapide par les gaz d'échappement, entraîne l'autre qui, en retour, « gave » d'air frais l'admission, augmentant d'autant la puissance du moteur. A priori, la technique est simple. En réalité, elle est extrêmement compliquée. Surtout en Formule 1 où la réglementation d'alors autorise un moteur suralimenté mais d'une cylindrée de 1 500 cm3 seulement, contre 3 litres aux moteurs atmosphériques. Renault et Elf vont roder le principe en rallye, d'abord, avec le moteur 1600 cm3 d'une berlinette Alpine qui sera confiée à Jean-Luc Thérier, le temps de remporter le Critérium des Cévennes 1972. En circuit, ensuite, avec un moteur V6 2 litres qui sera installé sur des prototypes qui font les beaux jours des courses d'endurance. De l'endurance, il en faut pour choisir une voie aussi originale et risquée que le turbo. Evidemment, tout cela a un prix. Elf paiera l'étude de ce moteur 500 000F (75000€). Le prix de la réussite et de la persévérance.

1977 : première année de F1

Bernard Dudot, l'homme du turbo chez Renault, part en voyage d'études en Californie, où cette technique est florissante. A l'été 1975, le premier 1,5 litre turbo Renault affiche 500 chevaux au banc ! Au printemps 1976, une monoplace noire baptisée A 500, véritable laboratoire roulant, effectue ses premiers essais sur piste ! A son volant, Jean-Pierre Jabouille à qui l'on pose sans cesse la même question : « Quel est le temps de réponse ? » Drôle de question pour tenter de maîtriser ces fractions de seconde où le pilote sollicite les gaz et le temps où, compresseur en action, le moteur lâche tous ses chevaux. « Les appareils de télémétrie n'existaient pas encore. Aussi le rôle du pilote d'essais était-il primordial », note Bernard Dudot. Autour de Gérard Larrousse, directeur de Renault Sport, et François Castaing, son directeur technique, Viry-Châtillon, le centre technique, vit au rythme du turbo. Le 10 mai 1977, tout s'accélère. La presse découvre, au Pub Renault, sur les Champs-Elysées, la RS 01. Le 16 juillet 1977, la monoplace n°15, qualifiée en 21e position sur la grille de départ du Grand Prix d'Angleterre, à Silverstone, effectue seize tours en course avant d'abandonner. Qu'importe si la « théière jaune », comme la surnomment les Anglais, fait sourire le paddock, chacun rira jaune un peu plus tard. Le 7 mai 1978, Jabouille finit son premier Grand Prix, à Monaco, en 10e position. Le 1er octobre, au Grand Prix des Etats-Unis, ce sont les premiers points acquis, ceux de la 4e place.

Première victoire avec Jean-Pierre Jabouille

1979 sera enfin l'année Renault-Elf. Au Grand Prix de France, sur le circuit de Dijon-Prenois, le 1er juillet, Jean-Pierre Jabouille impose pour la première fois la technologie turbo. La révolution française est en marche. Renault et Elf devront encore patienter de nombreuses années avant de devenir champions du monde, mais ils vont remporter pas moins de 15 victoires entre 1979 et 1985, avec notamment Alain Prost et René Arnoux. Le risque a fini par payer. D'autres écuries suivront le constructeur et le pétrolier français en adoptant à leur tour le turbocompresseur. Renault et Elf en étaient les précurseurs.

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